Influence entre le cavalier et son cheval 1/4

L’étude de l’impact du cavalier sur le cheval est, selon moi, essentielle au travail de l’ostéopathe animalier. En effet, le cheval malgré la création de races de chevaux de selle, n’est physiologiquement pas fait pour porter un cavalier et subir toutes sortes d’équitations. De ce fait, le cavalier doit être le « moins gênant » possible afin de faire perdurer toutes les capacités de son cheval. J’ai donc décidé de vous partager une série de 4 articles sur l’influence du cavalier sur son cheval qui vous permettront d’avoir une vision de l’équitation en lien avec l’ostéopathie.

Moi même cavalière, je ne prône absolument pas l’abolition de l’équitation. Cet article et les suivants se veulent informatifs et ont pour but de vous illustrer une petite partie de ce qu’il se passe dans la tête d’un ostéopathe équin lorsqu’il réfléchit au sujet de l’équitation.

« Est-ce au cavalier ou au cheval que l’on doit imputer la faute d’une mauvaise exécution ? Au cavalier, et toujours au cavalier. »

Francois Baucher

Partie 1 : Impact direct du cavalier sur le cheval

  1. La mise à cheval

La mise à cheval ou « montoir » est inévitable pour tout cavalier, mais cette étape peut s’avérer très nocive pour le cheval si elle est mal réalisée. Voici la comparaison entre la monte sans aide et la monte avec un montoir.

Lors d’une mise en selle sans aide au montoir :

Le cavalier met le pied gauche à l’étrier et attrape la selle pour se hisser sur le cheval : le cheval s’incurve légèrement vers la droite pour compenser le poids du cavalier tout en rapportant son poids sur sa droite. Illustré en bleu sur l’image

Les vertèbres thoraciques du cheval se placent en latéroflexion droite (rotation frontale droite) et en rotation horizontale droite lors de la traction.  Illustré en rouge sur l’image

Une compression est créée sur la partie droite de la colonne vertébrale (muscles erector spinae et grand dorsal), elle est amplifiée par la traction vers la gauche. Illustré en jaune sur l’image

Comme le montoir se fait toujours à gauche du cheval, celui-ci reçoit tout le temps les mêmes contraintes. Il est donc logique que le cheval présente des dysfonctions de thoraciques en rotation frontales et horizontales droites ainsi qu’une compression dorsale à droite et sur les dernière thoraciques. De plus, cette gêne musculaire peut entraîner une mauvaise transmission de l’impulsion et un amoindrissement de l’engagement du postérieur droit.

Lors de la mise en selle avec une aide au montoir (ici une chaise) :

La chaise permet de limiter la traction sur l’étrier gauche de part la diminution de la hauteur entre le sol et ce dernier, le cheval n’est plus déséquilibré et reste droit. Les bras du cavalier ne tractent plus la selle vers la gauche, les vertèbres thoraciques restent à leur place. La compression sur la selle n’est plus marquée et celle-ci ne bouge pratiquement pas.

Grâce à ces schémas simples, on note une amélioration du confort du cheval lors de la mise en selle. En utilisant un montoir, il y a moins de risques de trouver des dysfonctions de thoraciques dues à une rotation droite.

Cependant, j’ai établi ce test avec une cavalière confirmée et légère. Si l’on réalise ce même test avec un cavalier débutant et/ou avec un poids plus important, la traction sur la selle sera encore présente. Dans ce cas, il serait donc intéressant d’utiliser un montoir permettant au cavalier de ne pas mettre son pied gauche à l’étrier afin de supprimer totalement la traction gauche (un vrai montoir ou un muret à hauteur de l’étrier par exemple).

De plus, lors de l’assise, le poids du cavalier doit être amorti afin de limiter le choc pour le cheval. Si le cavalier s’assoit fortement, son cheval se place en extension à cause de la douleur et les vertèbres thoraciques supportent une TVI (traction verticale inférieure).

On conclut aisément qu’il est primordial d’utiliser une aide au montoir lorsque vous montez sur votre cheval. Ainsi, vous pourrez préserver son dos et limiter les risques de dysfonctions ostéopathiques et de lésions plus importantes sur le long terme.

2. Ajout d’un poids sur le rachis

Lorsque l’on ajoute du poids sur le dos du cheval, l’effet de la gravité le place automatiquement en extension. Le cheval contracte alors son dos ce qui accentue le phénomène d’extension. Les abdominaux se trouvent étirés et les membres s’écartent du centre du corps. Lors de ce phénomène, les processus épineux des vertèbres thoraciques viennent buter les uns contre les autres.

Cette butée peut s’avérer très douloureuse pour le cheval et peut se traduire plus tard par une ankylose ou une arthrose précoce. L’étirement des abdominaux ne permet plus leur contraction, les viscères et  le tonneau thoracique ne sont plus soutenus et s’affaissent. Le poids posé sur le ligament supra épineux le fait se détendre, la tête du cheval est ramenée vers le haut et le bassin est placé en extension, de ce fait, il ne peut plus voir de près et n’est pas capable d’engager ses postérieurs.

Dessin : Dressage du cheval d’endurance

Afin de lutter contre cette extension « réflexe », le cavalier doit solliciter son cheval à engager ses postérieurs, à contracter ses abdominaux et à abaisser sa tête afin de tendre le ligament supra épineux. C’est dans cette position que le cheval supportera le mieux le poids du cavalier. Ce sont essentiellement les abdominaux qui permettent au cheval de soutenir son dos (rapport ligne du dessus/ ligne du dessous), avec leur attache sur le bassin ils facilitent l’engagement postérieur. Placer le cheval dans une position neutre ou de flexion évite les conflits de processus épineux et assure une bonne liberté de mouvement. L’attitude de flexion générale du rachis n’est pas innée chez le cheval, c’est le cavalier qui doit le placer ainsi afin de mieux supporter son poids.

Néanmoins, la plupart des chevaux ne sont pas travaillés dans cette position, c’est pour cela que bon nombre d’entre eux présentent des dorsalgies. Cette attitude est aussi très bénéfique lorsque le cheval fait du saut d’obstacle. Le poids du cavalier présente un frein au déplacement de ce dernier. En effet, lorsque l’on ajoute du poids sur le dos du cheval, pour une même distance et à vitesse identique :

  • La longueur de la foulée diminue
    • La hauteur du mouvement diminue
    • Le nombre de foulées augmente
    • La force de propulsion augmente
    • L’amortissement naturel est augmenté
    • La qualité de l’allure est diminuée

Un cheval d’obstacle présentera donc plus de difficultés à se mouvoir avec un cavalier plutôt qu’en liberté. La position du cavalier doit perturber le moins possible le cheval lors de ses déplacements et lors des sauts. La capacité d’amortissement du poids du cavalier ainsi qu’une bonne assiette lui permet de moins solliciter verticalement le dos du cheval.

L’ajout d’un poids sur les muscles dorsaux créé un effet de « tassement » musculaire. De ce fait, les muscles reçoivent moins d’apports vasculaire et lymphatique, ils sont donc moins nourris et moins drainés. Ces muscles présentent un fort taux de toxines et à long terme une certaine faiblesse par manque d’élasticité. De plus, ce « tassement » peut créer des douleurs musculaires similaires à des fourmillements, il est donc nécessaire que le cavalier allège au maximum son poids en adoptant une posture adaptée. Le dos du cheval est donc le premier élément impacté par la charge portée.  

Une fois de plus, soyez attentif à la position de votre cheval, c’est grâce à elle que vous obtiendrez de meilleurs performances et prendrez soin de son corps en limitant les risques de lésions des structures.

3. Action directe sur le port de tête :

Comme énoncé précédemment, la présence d’un cavalier place le cheval en extension globale du rachis. Ainsi, par l’intermédiaire du ligament supra épineux poursuivi en ligament nuchal, les vertèbres cervicales sont elles aussi placées en extension lors d’un phénomène de traction.

Le cheval relève alors la tête, ses muscles ventraux de l’encolure et en crânial du thorax se retrouvent étirés. Cette position peut se révéler très nocive pour le cheval. Par exemple : le plexus brachial prend naissance au niveau des cervicales basses, traverse les muscles de l’encolure et le muscle dentelé ventral du thorax, donc si les muscles de la région sont étirés, ils pincent alors les racines du plexus brachial : ce dernier présentera des dysfonctions et il peut apparaître une boiterie antérieure ou des cervicalgies.

L’équilibre cervical est essentiel à la bonne locomotion du cheval. Lors de ces déplacements, il utilise beaucoup son balancier cervico-céphalique. La liberté de l’encolure lui permet de positionner sa tête dans l’espace pour amorcer le mouvement.

La position en flexion cervicale aide à soutenir son dos et libère son encolure afin d’avoir un bon mouvement du balancier cervico-céphalique. Cette position n’est permise que par l’engagement des postérieurs et la contraction des abdominaux. Si seule l’encolure est en flexion, le cheval est en faux placé et cette position est inconfortable pour lui, de plus elle n’est d’aucune aide dans le soutien du poids du cavalier.

4. Compression de la cage thoracique et respiration :

De part sa position, le cavalier vient englober le thorax du cheval entre ses jambes. Une compression thoracique se fait alors ressentir lors de la monte.

Lors des actions de jambes, le cavalier déplace ses pieds sur le grill costal et exerce des pressions plus ou moins appuyées et de temps variés. Cette compression créée une première gène (certes minime) à la respiration du cheval. L’action de jambes du cavalier en direct sur les côtes peut les placer en dysfonction comme c’est le cas chez les chevaux et poneys montés par des cavaliers débutants exerçant de gros coups de talons. Cette dysfonction entraînera une réaction en chaîne et des compensations.

Exemple :

Si le cavalier utilise mal sa jambe gauche (ou via l’utilisation prononcée d’éperons), cela peut placer la côte gauche en dysfonction (de type bras de pompe expire : 1) ce qui entraîne ensuite :

  • Une rotation frontale gauche (RFG) de la vertèbre : 2
  • Une dysfonction de la côte correspondante droite (bras de pompe inspire) : 3
  • Une translation transverse droite et une translation verticale supérieure (TTD et TVS) du sternum : 4
  • Une traction sur le méso de l’organe correspondant via le ligament longitudinal ventral de la vertèbre : 5
  • Une dysfonction du viscère associé : 6

Le cheval peut aussi présenter des dysfonctions des muscles de la région, une hypersensibilité par « irritation récurrente » ou une baisse de la sensibilité voire insensibilité complète liée à une action de jambe trop importante.

Illustration de Galopin

L’action de la main quant à elle, vient dans certains cas fermer la nuque du cheval, ce qui comprime le pharynx et le larynx. Le cheval ne reçoit alors plus assez d’air pour respirer (en général, les chevaux dilatent les naseaux pour essayer de mieux respirer, ou se mettent à tousser). Un défaut de respiration est néfaste pour le cheval au travail, en effet les muscles sont alors moins oxygénés et le corps doit utiliser les voies anaérobies pour soutenir l’effort. Le travail anaérobique engendre en quantité déchets et toxines, les muscles et le corps dans son ensemble récupéreront difficilement après l’effort. L’animal souffrira de courbatures assez rapidement et à long terme présentera une baisse de performances.

5. Le pieds à terre :

Lors du pied à terre, le cavalier se penche en avant et accentue le report de poids sur l’avant main du cheval. Il passe sa jambe droite en arrière de la selle et fait pivoter son poids sur le siège.

Il laisse tomber son poids en se laissant glisser contre le quartier de la selle. En général, la descente de cheval est moins néfaste que lors de la montée. Dans le cas d’un cavalier débutant : ce dernier aura tendance à se laisser tomber. Il s’agrippe fortement à la selle plaçant l’animal en latéroflexion gauche et faisant pivoter les vertèbres (LFG + RFG + RHD) comme lors de la montée.

Il est important de ne pas gêner le cheval lors de la montée comme lors de la descente.

En espérant que ce petit article vous plait et qu’il vous donne envie d’en savoir plus … Rendez vous dans quelques temps pour une seconde partie concernant les défauts de position du cavalier.

Pauline GAUDY Ostéopathe Animalier 06 47 95 79 02

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